il y a aujourd'hui quatorze ans que je suis morte. je me souviens comme si c'était hier, de ce que j'étais à l'époque : jeune, jolie, passionnée, intelligente, ambitieuse et, par dessus tout, j'étais culottée. car malgré toutes la pression psychologique qu'on me mettait sur les épaules, j'étudiais pour devenir ce que je souhaitais être. j'avais une famille, des amis et j'avais aussi des valeurs, des croyances, une personnalité. j'étais convaincue que l'on est toujours récompensé par ses efforts. et c'était pour cette raison que je travaillais dur. je croyais au destin et étais convaincue que le mien était de me rendre au bout de mes rêves. j'étais convaincue que les gens qui font du bien finissent toujours par récolter ce qu'ils sème et que ceux qui faisaient le mal étaient un jour punis.
mais j'ai été assascinée. qu'avais-je fait pour mériter cela? peut-être qu'inconsciemment, en croyant faire le bien, je faisais le mal. jamais je ne le saurai. car je suis morte. le crime duquel j'ai été puni n'était pas un meurtre, une agression, une fraude, ni même un vol. non. bien sur, peut-être certains auraient pu être jaloux de mon talent et de l'avenir brillant qui m'attendait. malheureusement, aux yeux de celui qui m'a punie, ma seule vraie faute n'était pas de ma faute; j'avais un vagin.
et quand j'apprends qu'aujourd'hui, en 2003, quatorze ans plus tard, certaines de mes soeurs sont encore exploitées, violées, torturées pour ce crime inconscient, j'ai l'impression que le sacrifice de ma vie n'a servit à rien. et j'ai peur pour elles, terriblement peur.

