La musique d’ambiance allait un peu fort, effectivement, c’était le cas de le dire. Et notre monsieur qui avait pris l’habitude de rester zen face aux problèmes d’odeurs nauséabondes qu’avaient laissées derrières elles les ambitions humaines des siècles derniers devenait de plus en plus colérique, minute après minute. Et quand le toit lui chia un liquide visqueux sur la cervelle, ce fut le début de tout.
Il est difficile de définir en mots ce que représentait « tout », surtout en cette époque où les hommes avaient trouvé ce qui est bon, ce qui est mauvais, ce qui sentait aussi bon que Chanel numéro 265 ou ce qui puait la pourriture, car, malgré la technologie, elle existait encore. Mais le « tout » de ce monsieur débuta par un drastique changement de perception sur la vie. La pluie qui tombait sur sa tête devint plus mouillée, à lui qui ne s’en formalisait plus. L’odeur de sa crasse lui leva le cœur, à lui qui ne s’en formalisait plus. Et le pire, oh! Le pire! Le regard des autres. Méprisant, à lui qui ne s’en formalisait plus, mais qui s’en formalisa à partir de maintenant.
En fait, « tout » ne constituait pas nécessairement un opinion pessimiste, comme il l’avait jadis cru à l’époque où il ne se doutait point qu’une telle chose lui arriverait un jour. Monsieur devint tout exalté à l’idée de douces petites ambitions qui se baladaient à l’intérieur de sa tête. Ah! Comme il aurait aimé plonger la main dans la poche de son vieux pantalon et faire tinter joyeusement des dizaines et des dizaines de pièces de monnaie. Ah! Comme il aurait été jouissif que les gens le regardent regarder les petits garçons qui le regardaient, tout impressionnés, comme s’il portait dans ses poches tout le pouvoir du monde.
Quand il annoncerait à tous ce que « tout » avait apporté en lui, la gloire lui tomberait littéralement sur la tête, l’assommant d’un coup de joie. Dieu ferait qu’il devienne président des États-Unis. Dieu ferait qu’il obtienne le pouvoir d’implanter sa conscience dans les cerveaux et d’agrandir d’avantage tous les supermarchés puants. Il le sut, en ce moment précis.
En un violent coup de vent, le troupeau bruyant de mouettes se dirigea vers un autre amoncellement de déchets. Notre itinérant enleva le petit cadeau qu’une d’elles lui avait laissé sur le coco, empoigna son panier métallique et quitta le dépotoir, jugeant qu’il avait trouvé assez pour se nourrir aujourd’hui mais que, de toute manière, il avait assez de cette misère chronique.
Trois ans plus tard, notre monsieur n’était toujours pas président des Etats-Unis, mais il conduisait une BMW et était devenu un mouton comblé. Il vécut heureux et eût beaucoup d’argent

